Issenheim

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Etat de la question.

Reconnaître la présence d’une Amanite dans un tableau chrétien n’évoque aucun un secret caché. Ainsi, l’identification d’un champignon sur le retable d’Issenheim n’appelle pas une interprétation ésotérique. Quelques éléments, confortent l’identication à une Amanite tue-mouche; par exemple, la présence d’un cervidé en arrière-plan (un renne?) et d’un corbeau amenant chaque jour la nourriture de saint Antoine sous la forme d’un pain (rabenbrood) “voque le fait que 1 confortent cette identification. La présence de cette amanite devrait être validée par un groupe d’experts munis des techniques les plus modernes, ou plus simplement par l’accord des historiens d’art.  Remarquons encore que C. Ruck et B. Staples 2 suggèrent qu’une seconde Amanite aurait pu être effacée, volontairement ou involontairement, lors de la restoration du tableau, après la Première Guerre mondiale. Il s’agit là d’une hypothèse factuelle, indépendante de toute interprétation, ce point serait à vérifier par les historiens d’art également.


Sous réserve de confirmation, une Amanite tue-mouches serait donc située en un point stratégique du quatrième panneau arrière du retable d’Issenheim. Ce tableau représente la visite effectuée par St Antoine auprès de St Paul de Thèbes, lequel vit en ermite; un corbeau lui apporte chaque jour sa nourriture. La scène représente l’instant ou le corbeau anticipe cette visite et apporte une double ration de « pain de corbeau », l’anecdote est tirée de la biographie de St Antoine par St Athanase

Les auteurs de Apples of Apollo commentent la découverte de ce champignon par le regard du spectateur :

“The eyes wanders across the earth, much as it would while walking in a forest: absently, at peace, observing with a walker’s air of reverie. And also, as a walker in any moutain terrain delightning the vegetation, always noticing the hidden. In this case nearly missing the Amanita muscaria growing directly above the cupped hand of St. Anthony, almost lost in a log, blending, with it as a mushroom will, dappled blend into a forest floor. But once seen, it will not disappear…”

Apples of Apollo, p.229.

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Position de l’Amanite dans la géométrie du tableau.

panneaucentrage panneaulignes

Le centre du tableau est occupé par un jeu de mains particulièrement élaboré; St. Paul regarde l’arrivée du corbeau qui depuis plus de soixante annés lui apporte chaque jour sa nourriture . Cette fois, ce corbeau tient dans son bec une double ration destinée à nourrir également St. Antoine, lequel tend la main droite afin de recevoir l’offrande que laissera tomber le corbeau. La direction du bras de St. Paul redouble la ligne du regard en direction du corbeau, cependant la main ne suit pas le geste du bras et introduit une double bifurcation en direction d’un cervidé placé en arrière fond, précisément au niveau de l’Amanite. La position des doigts de la main est particulièrement élaborée, l’index pointe en direction d’un renne (identifié par la taille ?), il est bien établi que les rennes sont friands d’amanites tue-mouches lesquelles dans de nombreuses langues portent le nom de pain de corbeau. La géométrie du tableau permet de suivre cette interprétation : le renne (?)  situé, très en arrière plan, est occupé à brouter, son museau est à la verticale de la miche de pain tenue par le corbeau. Complémentairement, l’amanite est précisément à la verticale de la main de St. Antoine. Par ailleurs, par un effet de perspective, la position de l’annulaire de St Antoine est strictement alignée en prolongement d’une buche au bout de laquelle l’amanite se trouve représentée.

Détail du jeux de mains en direction de l’Amanite.

détouré

Que d’anciennes connaissances en herboristerie soient représentées dans un retable Antonin ne doit pas surprendre, les Antonins traitaient le mal des ardents dont les symptômes sont, en outre de la gangrène sèche, la survenance de violentes hallucinations dont l’origine tient à la consommation de seigle ergoté. La présence d’une amanite tue-mouche ne justifie pas pour autant les dérives ésotériques proposées dans Apples of Apollo quant à la nature anthéosacramentelle de l’usage de l’amanite tue-mouche dans le christianisme, la cabale, l’alchimie, etc.

Jean-Luce Morlie
avril 2007

 

Notes:

  1. « rabenbrod » (pain de corbeau) est un nom vernaculaire de l’amanita muscaria dans quelques langues germaniques
  2. Ruck et Staples ( The hidden World, Survival of Pagan Shamanic Themes in European Fairytales, p.42) 

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