Atelier "Kaplan"

image_pdfimage_print

De la difficulté d’identifier les artefacts ethnomycologiques

 

 

Reid W. Kaplan 1975

 

Kaplan,

Pétroglyphes, Åbi, Bohusländ (Age du bronze).

http://www.samorini.net/doc/alt_aut/ek/kaplan_1.htm

 

Hormis l’étude des traces folkloriques et linguistiques, il n’existe que peu de traces du rôle des champignons dans le « fonds culturel européen ». Toutefois, soit sous forme de pétroglyphes, soit par des gravures sur des rasoirs de bronze scandinaves, nous disposons d'une trentaine de représentations d'embarcations, sur lesquelles apparaît clairement un « motif fongiforme». Kaplan1 (1975), écarte l’explication de ce motif comme représentation d’une « voile », d’une « hache », ou d’un « arbre de vie », pour ne laisser subsister que l’hypothèse de la représentation d’un champignon. L’usage de champignons hallucinogènes ne se serait donc pas limité à quelques 

http://razorland55.free.fr/Galerie08/scandinavia01.jpg

 

Rasoirs de bronze scandinaves

http://www.samorini.net/doc/alt_aut/ek/kaplan_1.htm

 

peuples paléosibériens. Dans le domaine de l'anthropologie culturelle, accepter l'hypothèse de Kaplan entraînerait des remises en cause de nature à freiner l'enthousiasme des spécialistes ; le plus simple est de laisser dormir. Ce sommeil risque de durer longtemps, car vient d'apparaître une nouvelle représentation fongiforme parfaitement assimilable aux précédentes, s'il elle n'était située au Gobustan (Azerbadjan, 54 km au Sud-ouest de Bakou) !  

 

gobustangris

 

Pétroglyphe du Gobustan

 

Les pétroglyphes du Gobustan représentent fréquemment des embarcations similaires aux embarcations du Bohusländ.  Étudiés dès 1939 par Isaak Jafarzade, ils ont été réexaminés en 2000 par Thor Heyerdahl afin d'établir une filiation - inutile de préciser que les thèses d'Heyerdael sont qualifiées « d'archéologie-fiction » !  Heyerdael ne discute pas champignon, mais curieusement, sur l’une des gravures repérées par Heyerdahl, une proue de navire, surmontée d’un motif « fongiforme », lequel est bordé des mêmes rais lumineux précédemment discutés par Kaplan à propos des « champignons scandinaves» comme expression d'un culte solaire.

 

 

RASOIR avec point lumineux

 

Détails concernant un motif de proue fongiforme et cerclage de rais lumineux sur les rasoirs de bronze scandinaves

 

Ne pas s’interroger sur ces similitudes reviendrait à renoncer à toute approche scientifique. Établir un lien de filiation entre les pétroglyphes scandinaves et azéris ne permettrait pas pour autant de céder au panmycisme et d’attribuer au dieu Thor une origine champignonesque azérie, pas plus que d’en conclure l’origine azérie des  Ases  du vieil islandais Æsir, ásafólk, ása ættir, lesquels formaient un groupe de dieux apparentés à Odin.

 

« The record of Odin says that he came to Northern Europe from the land of Aser. I started reading these pages again and saw that this was not mythology at all, but actual history and geography. 


Snorre, who recorded these stories, started by describing Europe, Asia and Africa, all with their correct names, Gibraltar and the Mediterranean Sea with their old Norse names, the Black Sea with the names we use today again, and the river Don with its old Greek name, Tanais. So, I realized that this has nothing to do with the gods who lived with the Thunder god Thor among the clouds.»  

 

(Thor Heyerdahl, Scandinavian Ancestry, Tracing Roots to Azerbaijan.)

 

Par contre, l’identification d’un champignon parmi les pétroglyphes du Gobustan inviterait à revisiter le thème du champignon psychodysleptique dont Bedrossian signale la présence dans le roman épique arménien David de Sassoun.

 

 Pour résumer notre propos, la reconnaissance d’un objet « fongiforme » comme représentation effective d’un champignon n’implique pas son interprétation dans le cadre d’une vaste « théorie universelle du champignon sacré ». Mais, à tout le moins, une reconnaissance du problème soulevé par les « champignons de Kaplan » devrait entrer en ligne de compte lorsqu’il s’agit d’évaluer la plausibilité de l’identification d’autres artefacts fongiformes… à des champignons.  Cette interprétation « de proche en proche » n’est pas sans risque ; toutefois, la majorité de nos inférences sont produites de cette façon ; y renoncer condamnerait au silence. 

 

1

  Cf .Kaplan, The sacred mushroom in scandinavia, Man, vol 10, pp.72-79, 1975 ; The sacred mushroom in Scandinavia, Rejoinder to W. Fagg Reid W Kaplan Man, vol. 12(2), pp. 339-340, 1977.

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.