Rabenbrot

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L’expression “pain de corbeau” est utilisée par les Frisons pour désigner l’Amanite tue-mouche – rabenbrot -, la même nomenclature vernaculaire se retrouve en Afghanistan, parmi les Berbères, et dans certains textes arméniens. Ailleurs, d’autres liens unissent les corbeaux et les champignons, par exemple au Mexique. Il est fort à parier que cette liste sera enrichie… AG00092_.GIF (voir l’état actuel des données).

” Comme Wittgenstein l’avait très bien perçu quand il s’est intéressé au fatras de notes qui constitue Le rameau d’or, rédigé au début du XXè siècle par Sir George Frazer : tout fait « folklorique » a nécessairement un sens du fait de sa survivance au sein d’une tradition, même si ce sens est en réalité très éloigné de sa signification littérale apparente. ”

Paul Jorion (Blog)
Le sens des choses folkloriques(07/01/2008)

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L’intérêt des corvidés relativement à l’amanite muscarine expliquerait ces correspondances, ce n’est pas le cas. Interrogé sur ce sujet, le Professeur Bernd Heinrich est catégorique : du point de vue éthologique, nous ne disposons d’aucune donnée établissant un intérêt des corvidés pour les champignons ! Relativement à l’intérêt des corvidés pour l’amanite, nous sommes donc très vraisemblablement en présence d’une légende urbaine dont la genèse s’explique aisément. Rappelons qu’il existe un précédent parfaitement établi : le renne est friand d’amanites et tout particulièrement de l’urine du chaman ayant consommé des Amanites. Constatons que les auteurs qui ont avancé une explication similaire du “raven’s bread” n’ont pas fourni de référence directe. Sans doute ont-ils été entraînés à supposer un comportement des corbeaux identique à celui du renne en attribuant un sens naturaliste à l’expression” pain de corbeau”. Dès lors qu’une référence comportementale ne peut être retenue, il convient de chercher ailleurs. Le folklore sibérien lie le corbeau à l’amanite; Interrogé sur ce sujet, Daniel Arapu suggérait immédiatement que “corbeau” vaut comme substitut du chaman, en effet, dans de nombreux mythes le chaman prend son envol sous la forme d’un corbeau. Les expressions “pain de corbeau” pour l’amanite ou les liens unissant champignons et corbeaux peuvent donc être légitimement analysée comme marqueurs potentiels relativement à la diffusion du chamanisme sibérien, ces associations n’étant ni nécessaires ni suffisantes, mais venant en complément d’autres données, soulignonns encore que les voies de transmissions peuvent être diverses peut être par la sorcellerie dans un contexte germanique, et ailleurs peut-être par une “sur interprétation” du texte biblique … y voir clair demandera un travail considérable !

Du point de vue folklorique, les liens entre le corbeau et l’amanite sont nombreux. Relativement au folklore germanique, il serait souhaitable de vérifier les sources et de ne pas céder aux amplifications panmycistes sur le thème de l’amanite tue-mouche “seeded by the foam of Wotan’s horse?”; il s’agit également d’une légende urbaine, largement répandue sur l’internet,soutenue à la foi par l’interprétation naturaliste de raven’s bread et par une lecture chamanique du rôle des corbeaux d’Odin (Munin et Ugin).

Par ailleurs, des auteurs comme Ruck, Stapple et Heinrich ont proposé une interprétation anthéogène du retable d’Issenheim, sur lequel un triangle renne-amanite-corbeau semble intentionnel. Il pourrait toutefois s’agir d’un simple savoir d’herboriste relativement au renne et de l’usage de l’usage du corbeau comme rébus pour désigner l’amanite dans ses effets. Ceci n’implique pas de sous-entendre une mystique antonine largement alimentée d’hallucinogène et nourrie d’une tradition secrète depuis la nuit des temps…

Constatons que l’étude de la nomenclature ethnomycologique peut offrir de nouvelles pistes à l’étude sérieuse du chamanisme. Au-delà des articles de Georg Morgenstierne et de Said Gholam Mochtar & Hartmut Geerken, rappelons le rôle essentiel de la remarquable étude de Robert Bedrosian dont une remaque attire l’attention.

Amanita eating by ravens is also mentioned in Alishan’s Haybusak #3216, p. 648 under K’ujulay/K’uch’ula)”

Soma among the Armenians
Robert Bedrosian

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L’interprétation naturaliste ne serait donc pas neuve ! Quelle est son ancienneté? Il faudrait donc consulter les sources utilisée pour cet ouvrage de botanique arménienne : Alishan, Haybusak [Armenian Botany] (Venice, 1895) retrouver et critiquer les sources d’un édudit de la stature d’Alishan est un travail sur lequel je ne m’aventurerai pas.

Á faire ..

Questionner le sens de cette remarque de Bedrosian, accéder aux sources, les rendre accessibles sur l’internet, procéder à leur critique seront des étapes nécessaires à l’avancement de cette recherche, avis aux amateurs !

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