Sémiose illimitée

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 présentation Travaux

Les dérives sémantiques sont construites sur le modèle de la sémiose illimitée, lequel permet le mode d’interprétation symbolique. Le modèle du réseau mnésique rend compte du fonctionnement concret de ces processus .

Modèle de la sémiose illimitée

Umberto Eco, dans son Traité de sémiotique générale, s’est attelé à définir la « signification symbolique » ; après l’examen des réponses déjà apportées à cette question difficile, il fut amené à conclure qu’il n’y a pas de définition cohérente du symbole comme signe, mais que par contre, il est possible de  caractériser un mode d’interprétation symbolique au travers de l’usage de la dérive sémantique illimitée.

L’idée est assez tranchante dans la mesure où le mode d’interprétation symbolique suppose que l’interpréteur se choisisse, a priori, un signifiant maître (U. Eco  parle de « choisir un dieu auquel le discours renvoie »). Dans cette perspective, l’ensemble des opérations sémantiques, aussi acrobatiques soient-elles, permettra de ramener n’importe quels signifiants vers un point d’arrivée aussi unique qu’arbitraire.

 Dérive sémantique

L’illimitation des dérives sémantiques se comprend selon le modèle donné par U. Eco d’une série d’objets A, B, C, D…, caractérisés chacun par une liste de critères de type (a,b,c…)

simplification dérive sémantique

« Simplification » d’une  dérive sémantique.

L’objet A est défini comme (A-abc) et l’objet (B-bcd), il sont ainsi sont comparables selon les critères « b » et « c », mais ne le sont pas selon a et b ; de même, les objets (B- b,c,d) ; (C-c,b,e) ; (D-d,e,f). A,B,C, et D peuvent être mis en relation sur la base de la présence de caractéristiques communes aux couples d’objets successifs A/B, B/C, D/C … . Par contre, la simplification, par effacement, des rapports intermédiaires fait que les objets A et D n’auront plus aucun point commun, alors même qu’ils sont reliés par une suite de significations à chaque fois partagées deux à deux. Ce schéma peut être retraduit en suite de relations mnésiques ainsi la signification, sur le principe, la signification de A est formée par les arcs (a-b), (b-c), (a-c), tandis que la signification de D par les arcs (d-e) (e-f) (f-d) ce qui implique qu’il n’y ait aucun point commun tout en faisant partie du même réseau. Une remarque encore, nous avons arbitrairement fermé la définition de chaque terme par trois critères, alors qu’en principe, la liste des critères peut elle-même être illimitée, ce qui serait formalisé sous la forme A abc … Dans cette perspective, il demeurerait toujours une suite de critères très éloignés, selon lesquels n’importe quel terme de la suite serait comparable à n’importe quel autre. Nous nous retrouvons alors dans la situation où « tout est équivalent à tout et réciproquement », ce qui du point de vue de la compréhension, n’avance guère .

Plus prosaïquement, le fait que la mise en relation soit toujours possible n’implique pas que le sens soit pertinent. Par exemple, sur le mode enfantin, la série : selle de cheval > cheval de course> course à pied, > pied de cochon … , permet, en effet, de « vendre n’importe quoi ».

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