Présentation


 » Il faut commencer par l’erreur et lui substituer la vérité. C’est-à-dire qu’il faut découvrir la source de l’erreur, sans quoi la vérité ne nous sert à rien. Elle ne peut pénétrer lorsque quelque chose d’autre occupe sa place. Pour persuader quelqu’un de la vérité, il ne suffit pas de constater la vérité, il faut trouver le chemin qui mène de l’erreur à la vérité. »

 Ludwig Wittgenstein, Remarques sur le Rameau d’or de Frazer

Pour l’élaboration de Mushrooms Russia and History, R. G. Wasson et Anna Pavlovna, son épouse, s’étaient conformés aux règles du discours rationnel. Après cet ouvrage fondateur, Wasson lui-même et ses successeurs ont progressivement enfermé l’ethnomycologie dans un style herméneutique faisant des champignons « la drogue ayant civilisé l’Europe » :

This illustrated book traces the history of an unlikely force in the shaping of Western civilisation: the use of psychedelic mushrooms, namely by a secret society called the cult of Mithras

Mushrooms, Myth and Mithras: The Drug Cult that Civilised Europe (présentation par Amazon)

L’ethnomycologie post-wassonienne s’est ainsi constituée sur le paradigme « au début était le Champignon sacré », pour devenir un mythe moderne. Ce « panmycisme » (l’expression est de Claude Lévi-Strauss) mérite donc autant d’attention qu’un mythe de création Haida de type : « au début était Fungus man ».

L’objectif des Cahiers de Mycomythologie est de repartir d’un bon pied, mais sans pour autant « jeter le bébé avec l’eau du bain de l’ethnomycologie post-wassonienne ». L’intérêt n’est plus plus d’établir l’universalité de l’usage de drogues dans l’histoire des sociétés : c’est un fait acquis. Par contre, il est utile de montrer les mécanismes par lesquelles se construisent se diffusent et se différentient les mycomythologies.   Comment rendre compte, pour la chine antique, de la sérénité associée au champignon d’immortalité et, en contraste, de leur association aux sacrifices humains dans les hautes civilisations préhispaniques ? Comment comprendre que les sociétés Koriak, Haidas et Muiscas, pour lesquelles les champignons jouent un rôle mythologique explicite, nous retrouvions un même mythe de création du soleil par le grand corbeau ?

Pour convaincre son public de l’idée que « les champignons sont partout », l’herméneutique post-wassonienne en fût réduite a construire autant d’erreurs qu’il lui était nécessaire pour asseoir sa crédibilité : ainsi le vase aux rennes ou le bas relief de Pharsale ne représentent pas des champignons, mais une clochette pour le premier et, pour le second, une fleur.  Ces erreurs, et leurs conséquences devront donc être déconstruites. Toutefois, il ne s’agit pas tant de montrer les « bévues » de l’interprétation ésotérique, que de comprendre comment ils ont été produits.

De même, l’ethnomycologie post-wassonienne a considéré que le lien entre le corbeau et l’amanite était naturel, puisqu’attesté par l’expression frisonne:  « rabenbrot » (pain de corbeau). Et pourtant, l’éthologie des corvidés ne leur attribue aucun intérêt pour ce champignon ! Dès lors, s’il s’agit d’expliquer l’expression vernaculaire « raven’s bread », y répondre demandera plus de recherches. Notons déjà que Wasson avait collationné un texte dans lequel Karjalainen rapporte que les chamans Tsingala associaient, rituellement, l’ingestion d’amanite et du pain dans une proportion de deux tiers un tiers (Die religion der Jugra-Völker Helsinski, 1927, PP.278-280) ? Est-ce l’origine de ce mythème et quelles furent les étapes de sa diffusion, par exemple en Kabylie (aghrum n baghra) ou en Afghanistan (nan-e-saghta) ?

Satisfaire à ces interrogations demandera de prendre en compte le fonctionnement inconscient du langage, comme lorsque le mot « champignon » fut, selon Pausanias, à l’origine du nom de la civilisation mycénienne. Ainsi après avoir déconstruit les erreurs du panmycisme, il sera utile d’utiliser le cadre offert par le modèle du réseau mnésique pour montrer comment les signifiants liés aux champignons et les affects qui y sont attachés ont, tout au cours de l’Histoire, inconsciemment structuré nos représentations.

Résultat de recherche d'images pour L’ objectif immédiat des Cahiers de Mycomythologie est de publier deux ouvrages généraux : Introduction à la Mycomythologie et Les Erreurs Fondatrices de l’Ethnomycologie Panmyciste.

  • Le premier proposera un cadre théorique permettant de rendre compte des mycomythologies
  • Le second montrera quelques-unes des erreurs fondamentales de l’ethnomycologie post-wassonienne.

Dans l’attente de leur réunion sur un support papier, ce site (ethnomycology.eu) en présentera les différents chapitres sous forme de Cahiers, lesquels seront mis en ligne au fur et à mesure de leur avancement. Chaque Cahier sera ouvert à la critique et à l’élaboration collective; les fils de discussion resteront accessibles après publication.

À terme, les Cahiers de Mycomythologie ont pour objectif de se construire comme revue et comme espace de travail collectif dans le domaine de l’approche rationnelle des mythologies associées aux champignons (les critiques, les propositions d’articles  originaux et tout autre apport sont bien venus).

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